Le photographe
À propos

01 — Biographie
Je photographie depuis mes onze ans, depuis que mon grand-père m'a refilé un Olympus qui sentait le tabac froid. J'ai mis huit ans à comprendre comment marchait la cellule. Et honnêtement je m'en fiche encore un peu — la moitié de mes photos préférées sont mal exposées. J'ai fait du droit. Deux ans et demi. On n'en parle plus. Maintenant je vis entre Marseille et nulle part, et je photographie surtout des gens qui ne posent pas : des dos, des mains au comptoir, des salles d'attente. Quelqu'un a dit un jour que mon travail était « d'une mélancolie lumineuse ». J'ai trouvé ça tellement prétentieux que je l'ai mis sur mes cartes de visite. Par vengeance. J'expose rarement. Je déteste les vernissages — le vin tiède, les gens qui regardent une photo quatre secondes avant de retourner à leur conversation. J'y vais quand même, parce qu'il faut bien vivre, et parce qu'une fois sur dix quelqu'un pleure devant une image. C'est pour cette fois-là que je fais tout le reste. Je ne retouche presque pas. Pas par principe, par flemme. Personne ne me croit, mais c'est vrai.
02 — Parcours
On me demande souvent un CV. Voilà ce que j'ai de plus proche. 2009 — Premier appareil. Un Olympus hérité, déjà raconté ailleurs. Ça compte comme une formation, je trouve. 2014–2016 — Licence de droit, Aix-en-Provence. Abandonnée au milieu du cinquième semestre, un mardi. Je garde de cette période une bonne connaissance du droit à l'image, ce qui est presque drôle. 2017 — Formation aux Beaux-Arts de Marseille, atelier photographie. J'y ai surtout appris à développer en argentique et à encaisser les critiques. Les deux servent encore. 2018 — Assistante du photographe Marc Estienne pendant un an. Officiellement : assistante. En vrai : porteuse de trépieds et de cafés. Je lui dois quand même l'essentiel de ce que je sais sur la lumière. 2019 — Première série personnelle, Salles d'attente, photographiée dans onze cabinets médicaux entre Marseille et Toulon. Personne ne l'a vue pendant deux ans. C'est très bien comme ça, elle n'était pas finie. 2021 — Exposition collective Corps absents, Friche la Belle de Mai, Marseille. Trois photos accrochées trop haut. J'ai appris à me battre pour l'accrochage. 2022 — Résidence de trois mois à Arles. Salles d'attente devient Ce qu'on fait de nos mains en attendant. Meilleur titre, mêmes mains. 2023 — Première exposition personnelle, Galerie du Tableau, Marseille. Dix-huit tirages, un vernissage, une personne qui a pleuré. Je tiens les comptes. 2024 — Publication dans la revue Halogénure, numéro 12. Commandes pour le théâtre du Merlan : portraits de comédiens qui détestent être photographiés. Mes préférés. 2025 — Série en cours sur les comptoirs de bar à l'heure creuse, entre 15h et 17h. Pas de date de fin prévue. Les comptoirs ne sont pas pressés, moi non plus. Depuis 2019, je vis de la photographie. Certains mois mieux que d'autres.
03 — Matériel
On me pose la question à chaque exposition, alors autant répondre une fois pour toutes : oui, je vais vous dire avec quoi je travaille, et non, ça ne changera rien à vos photos. L'Olympus OM-1 de mon grand-père, d'abord. Le posemètre est mort en 2019 et je n'ai jamais fait réparer. J'expose au jugé maintenant, ce qui explique beaucoup de choses dans mon travail, en bien comme en mal. Il sort surtout pour les séries personnelles, jamais pour les commandes. C'est un appareil de famille, pas un outil. Pour le reste, un Nikon FM2 acheté d'occasion à un monsieur qui partait en maison de retraite et qui m'a fait promettre de m'en servir. Promesse tenue. Dessus, presque toujours le même 50mm f/1.4 — j'ai possédé un 35mm pendant deux ans, je l'ai revendu, on ne s'entendait pas. En numérique, un Fujifilm X-T3 qui commence à fatiguer. Je l'utilise pour les commandes, les portraits, tout ce qui doit être livré vite et propre. Je n'ai rien contre lui. C'est exactement le problème : je n'éprouve rien pour lui. Il fait très bien son travail, comme un collègue poli. Côté pellicule, de la HP5 poussée à 800 presque systématiquement, parce que les salles d'attente et les bars sont des endroits sombres, et que le grain ne m'a jamais dérangée. En couleur, de la Portra quand j'ai les moyens, de la Gold quand je ne les ai pas. La différence se voit moins qu'on ne le dit. Je développe mon noir et blanc moi-même, dans ma salle de bain, avec une chimie que je garde probablement trop longtemps. Les tirages d'exposition, en revanche, je les confie au labo Atelier Publimod — il y a des choses que je rate trop bien pour les faire moi-même. Pas de trépied, sauf obligation. Pas de flash, jamais. Pas par dogme : j'ai essayé, c'était laid. Voilà. Maintenant vous savez, et vos photos sont restées les mêmes.